Être avec des gens avec lesquels on ne partage rien est une forme de solitude bien pire que celle du corps.
Les choses sont plus compliquées qu’il n’y paraît et beaucoup plus simple qu’on peut le croire.
Mon humour n’est qu’une pirouette pour rendre mon désespoir audible.
Parfois, il m’arrive de trouver l’obséquiosité des faibles encore plus méprisable que l’arrogance des puissants.
On peut reconnaître la force d’un individu à sa capacité à faire face au réel, à l’accueillir tel qu’il est, sans user d’échappatoire quelconque.
Monde moderne : Bonheur sous Excel.
L’intelligence commence par une question.
Rire n’est que ma manière polie de pleurer.
Nos raisons ne sont que des justifications posées sur des affects.
Certaines musiques agissent sur moi comme un baume apaisant sur une brûlure trop douloureuse. Je parle par exemple de ce jazz dont on peut s’envelopper comme une couverture chaude lorsque que la météo ou la cruauté du monde nous invite à rester à la fois chez nous et en nous.
Ce que je n’aime pas chez quelqu’un : sa capacité d’acceptation de la laideur du Monde. J’aime ceux qui savent que c’est foutu mais qui se révoltent quand même.
Harry Potter, la saga, est uniquement basée sur la thématique de l’élection. Harry Potter, le personnage, débarque dans un Monde dans lequel il ne connaît absolument rien et finit toujours par triompher des épreuves, presque malgré lui, pour l’unique raison en vérité, qu’il s’agit d’un être élu. Aimer Harry Potter, c’est admirer un gagnant au Loto, c’est prolonger la vénération malsaine pour celui qui est né du bon côté de la barrière, c’est donc en négatif, rappeler aux lecteurs leur petitesse, leur condition de serfs face à une aristocratie, virtuelle certes, mais qui fait écho à celle du Monde réel.
S’il existe désormais une intelligence dite artificielle, la connerie demeure quant à elle parfaitement naturelle donc humaine.
Il n’y a de début de vérité que dans la littérature. Tous les discours sont vains et intrinsèquement porteurs de quiproquos ou de manipulations.
On n’idolâtre bien que les morts.
Souffrance de n’être que soi.
Je n’ai jamais été bon en maths. La logique et moi, ça fait trois.
Essor du Personal Branding. Importation anglo-saxonne et saloperie immorale issue du monde marchand à cause de laquelle, au milieu de la compétition de tous contre tous, chacun ne se contente plus d’essayer de vivre, chacun se comporte en gestionnaire d’un « parcours » , en marchand terrifié par l’éventualité d’un échec ou du moindre faux-pas qui compromettrait irrémédiablement sa progression sociale, chacun se change en micro-entrepreneur de sa petite personne, suant l’écœurante servilité de celui qui a toujours quelque chose à vendre : lui-même.
Avoir un enfant est la chose la plus ambivalente du Monde. L’enfant est un petit être bruyant et tyrannique autour duquel l’entièreté de la vie de deux adultes, ses parents, va devoir tourner. Pour autant, en un seul sourire, un seul geste ou mot bien placé, il désarçonne et justifie en un instant aux yeux de ses géniteurs, la totalité des efforts qu’ils consentent à faire pour lui.
Technique d’écrivain : insérer un mot inhabituel, inusité, désuet, bizarre, toutes les deux, trois pages. But : montrer qu’on n’est pas écrivain pour rien. Exemple : Amélie Nothomb.
Il y a dans tout projet collectif une obligation d’apparence que je ne peux supporter que sur de courtes périodes et aux prix d’efforts qui me laissent chaque fois épuisé.
Que je n’ai rien à dire ou trop à dire, le résultat est le même : je ne dis rien.
J’ai mis longtemps à comprendre qu’il ne fallait pas chercher à tout comprendre.
Si cela n’était pas un non-sens total, je ferai l’éloge de la modestie.
Comme des escargots sous la pluie, la guerre semble faire revivre certains journalistes.
La joie pure qui émane de mes enfants me crée toujours malgré moi une très profonde mélancolie. Je sais parfaitement que le Monde, et surtout que moi-même, ne seront jamais à la hauteur de leurs rêves infinis.
Assez jeune, j’ai instinctivement perçu que le Monde ne tournait pas rond. Pourquoi, malgré les lumières colorées, malgré la musique forte et entraînante, le Monsieur du manège avait-il des yeux aussi tristes ?
Paris intra-muros est une sorte de laboratoire sociologique expérimental. On y trouve juxtaposés de jolies jeunes filles qui vivent avec leur chat dans l’appartement payé par leurs parents, des riches, des clodos, des riches habillés en clodos, des riches habillés en riches, des pauvres habillés en riche et assez peu d’enfants.
La vie est toujours comme une sorte de fête à laquelle je ne suis pas convié.
La musique émeut lorsqu’elle donne le sentiment de révéler une infime part du mystère dans lequel nous vivons.
Qu’il est difficile de vivre quand votre nature profonde est d’organiser entièrement votre vie autour du fait de ne pas vous faire remarquer. J’aurai pu tout aussi bien placer un point final à la phrase précédente après le mot « vivre ».
Les gagnants trouveront toujours que les règles du jeu sont justes et équitables.
Désormais, je ne crois plus qu’au silence.
Pour le meilleur et pour le pire, cette vie me coupe peu à peu de mes propres émotions.
J’ai souvent remarqué un incroyable mépris de l’autre chez les gens sûrs de leurs opinions. Et ça, j’en suis persuadé.
Emprisonné dans un corps inesthétique dont je ne puis retirer que de maigres et éphémères satisfactions.
Le con est une conscience endormie.
Sans elle, je finirais sans doute seul et désargenté, ratatiné par ma misanthropie, invectivant le Ciel et la Terre, terrorisant les enfants dans mes délires de fous.
La plus belle lettre d’amour, c’est le Q.
Il n’est pas besoin d’être génial pour se savoir incompris.
J’étais tellement ignorant que je ne savais même pas que je l’étais.
L’écriture est totalitaire et égocentrique. Totalitaire car elle ne permet aucune contradiction. Il est certes possible pour le lecteur de ne pas adhérer, d’être en désaccord avec l’auteur. Pour autant, la lecture étant nécessairement une activité solitaire, le lecteur demeure impuissant face à ce silencieux monologue.
Égocentrique car, écrire, c’est croire que l’on a quelque chose à dire qui mérite d’être écouté.
Peut-on dire d’un homosexuel qu’il est bien mis ? Peut-on dire d’un train qu’il arrive sans crier gare ?
Mon esprit est si empli de questionnements que mon corps a pris la forme d’un point d’interrogation.
Les autres me font peur car je sais ce que je suis capable de penser d’eux.
Ma seule grandeur est de me savoir misérable.
Impossibilité de dire la Vérité lorsque celle-ci apparaît aux yeux des autres comme « négative ». Dictature du Bien au détriment du Juste.
Le doute mène à l’inaction. Et je doute énormément.
Tant que la vie s’achèvera par la mort, je ne pourrais être optimiste.
Notre corps est condamné au mouvement. Immobile, il pourrit. L’escarre en est l’indiscutable et répugnante preuve. Inconsciemment, un homme bien portant rectifie des milliers de fois par jour ses diverses positions afin d’éviter d’éventuelles meurtrissures de sa chair. Quasi-analogie avec le requin qui, s’il s’arrête de nager, meurt, car c’est en bougeant que ses branchies lui permettent de capter l’oxygène présent dans l’eau. Le mouvement permet au requin de respirer, et à l’Homme de ne pas se décomposer.
En ville, lorsqu’au milieu du vacarme assourdissant des machines et de l’agitation des Hommes, la Providence laisse à quelques oreilles la chance d’entendre le chant d’un oiseau, chacun tâtonne ses poches : on croit à une sonnerie de téléphone.
Le philosophe Pascal, quelque part dans ses célèbres « Pensées », compare la condition humaine à une file d’hommes enchaînés que la Mort interrompt brutalement, fauchant un damné après l’autre. « Au suivant ! ». Je souscris à cette vision en y introduisant toutefois une nuance non négligeable : l’aléa. Je conçois plutôt la Mort comme un tireur aveugle. Armé d’un revolver, il ouvre le feu au hasard sur une foule impuissante, sans logique et même sans aucune volonté de faire le Mal. Et les vivants demeurent là, debout et médusés, condamnés à voir les autres – familles, amis, hommes, femmes, enfants – s’écrouler autour d’eux, ne sachant pas quand leur tour viendra.
Je cherche. Je ne sais pas quoi. Ni comment m’y prendre. Je ne sais pas ce que je cherche mais je cherche. Je tente de dissiper le brouillard dans lequel je nage, de trouver un semblant de sens à ce qui m’entoure. Je sais déjà que tout ça n’en a pas le moindre mais je continue malgré tout. Je farfouille, je furète. Et parfois, au milieu d’une lecture, j’entrevois une éclaircie, une trouée dans la brume. Un mot, une phrase, un paragraphe tout à coup résonne, fait écho en moi. Alors généralement, je souris ; je ne suis plus seul. C’est cela, je crois, que je cherche : des mots qui m’aident à vivre.
La vie normale, quotidienne m’est toujours apparue comme une guerre. Je refuse simplement d’aller au front, voilà tout. Laissez-moi déserter. Lors de la première Guerre Mondiale, « Planqués ! » était l’insulte favorite des gueules cassées à l’endroit de ceux qui, pour une raison valable ou non, n’avait pas combattu. Les Hommes sont ainsi faits : ils trouvent injuste que l’on ne souffre pas autant qu’eux.
Je croyais aux vertus de la Vérité. Sous sa bannière, j’ai dévoilé les tréfonds de mon âme. Or sans mystère, point d’intérêt. A trop vouloir être transparent, je suis devenu invisible.
L’excès de lucidité ou de conscience devrait être reconnu comme handicap par la Sécurité sociale.
J’ai toujours été un contemplatif. Un spectateur plus qu’un acteur. En société, cela n’est pas bien vu. Il faut paraître « dynamique », « motivé ». Je n’y ai jamais rien compris. J’ai toujours ressenti très lourdement dans mon quotidien, l’inutilité de tout acte, l’échec programmé de tout projet.
Une enfance heureuse est une enfance dont on ne se souvient pas.
J’ai croisé cette dame tous les jours pendant trois mois. Elle ne m’a jamais salué. Elle devait faire partie de cette catégorie grandissante de contemporains qui ne considère plus la politesse comme un code « civilisé » et nécessaire pour mieux vivre ensemble – le fameux savoir-vivre – mais comme une marque de faiblesse.
La tolérance. Il faut être tolérant, nouvelle et suprême valeur morale. Trop utilisé, ce mot est définitivement vulgaire. Tolérer n’exprime pas une adhésion pleine et entière mais un simple consentement, un aval octroyé du bout des lèvres. On tolère lorsque le choix n’est plus possible, lorsque le refus n’est plus possible.
Plus j’ai étudié les lois des Hommes, plus j’ai regretté de n’avoir pas choisi celles de la Nature.
Dans nos sociétés occidentales, le déclin des religions – spécialement du christianisme – ne serait-il pas une des conséquences du capitalisme effréné tel que nous le subissons actuellement ? En promettant l’immortalité de l’âme – ce qui n’est pas rien – aux « bons » chrétiens, les différentes Églises permettaient à ces derniers non seulement d’adopter un comportement plus humble sur Terre, mais aussi d’espérer une vie meilleure dans l’au-delà. Aujourd’hui, face à l’absence d’une vie après la mort, il faut jouir hic et nunc. Cela explique donc cette recherche irraisonnée de profits à court terme et ses épouvantables conséquences tant humaines qu’écologiques. Jouissons sans entraves, après nous le déluge. En tuant Dieu (Nietzsche : « Dieu est mort »), L’Homme a abandonné toute volonté d’équilibre avec le Monde.
Je n’ai trouvé aucune raison de vivre. Je n’ai que des raisons de ne pas mourir.
En temps de guerre, il faut tuer l’autre avant de le connaître. En temps de paix, c’est en connaissant l’autre qu’il nous vient parfois l’envie de le tuer.
On donne des récompenses à ceux qui font le mieux semblant : les acteurs. Que donne-t-on à celui qui cherche juste à être un humain vrai ?
Anecdote authentique. Chaine télé pour enfants. Fin du dessin animé. Message sanitaire : « Pour bien grandir, évite de manger trop gras, trop sucré, trop salé ». Enchainement sur une pub pour Burger King.
Je n’avais pour seule ambition dans la vie que la farouche volonté qu’on me foute la paix. C’était déjà trop demandé.
Devant le pommier, il n’y a que deux façons d’obtenir une pomme. Attendre qu’elle tombe ou secouer le pommier. Je commence tout juste à comprendre que la seconde solution est en réalité la seule.
J’ai identifié une des violences de la ville qui m’affecte particulièrement. C’est celle de la promiscuité. Cette promiscuité qui oblige à ignorer des personnes qui sont physiquement si proches de soi. Une telle ignorance n’est pas naturelle. C’est pour cette raison que le provincial ou le campagnard qui prend la première fois le métro se sent submergé, envahi, débordé par un excès d’information. De manière instinctive et je dirais, naturellement empathique, il veut considérer chaque personne, prendre tout le monde en compte. Il a le visage ouvert de celui prêt à discuter avec le premier venu. Le parisien ou le citadin plutôt sait, lui, que c’est malheureusement impossible. Quotidiennement ce n’est pas possible de devoir gérer un flux aussi important de stimuli. Ce serait exténuant. Son cerveau, pour sa survie sans doute, ne peut faire attention à autant de personnes. Et puis, soyons honnêtes, il sait aussi qu’à Paris, à New York ou je ne sais quelle grande ville, celui qui vous adresse la parole n’est pas forcément le mieux intentionné. Le premier venu n’est pas toujours le bienvenu. Le provincial quant à lui n’a pas l’habitude d’avoir autant d’individus aussi différents autour de lui dans un endroit clos. Il cherche l’interaction ou pour le moins, n’y est pas opposé. Le parisien l’évite à tout prix. Le provincial se pousse maladroitement pour laisser passer, s’excuse à voix haute, cherche du regard des yeux qui le fuient. Il n’a pas encore appris que parmi les consensus en vigueur dans le métro, figurent en haut de la liste, le silence. Voilà, c’est aussi ça la solitude de la ville, sa violence impalpable : nier l’existence de l’être humain qui est là, juste à côté. Ce frère, cet étranger.